Par Delphine Bossy, Futura-Sciences.
 

Les reptiles seraient-ils en voie de disparition ? Une grande étude internationale évalue que 19 % des espèces mondiales sont menacés d’extinction, selon les statuts de conservation de l’UICN.

L’évolution des reptiles est une longue histoire. Apparus sur Terre voilà 300 millions d’années, ils sont devenus au fil du temps des éléments clés des écosystèmes terrestres. Certains reptiles sont des proies, d’autres des prédateurs. Ils sont communément associés à des conditions de vie extrêmes ou des habitats hostiles.

Pourtant, la plupart des espèces de reptiles sont adaptées spécifiquement à leur environnement. Elles nécessitent des conditions climatiques particulières, et leur bonne santé au quotidien dépend de l’utilisation de leur habitat. Les reptiles sont donc très sensibles aux changements environnementaux. La déforestation ou la conversion des habitats en zones de culture menacent pleinement ces espèces.

Atheris-ceratophora

 Atheris ceratophora est un serpent de la famille des vipéridés. C'est une espèce endémique de la Tanzanie. © Michele Menegon

Plus de 200 spécialistes coordonnés par la Zoological Society of London et l’UICN ont évalué l’état de conservation de tous les reptiles à l’échelle mondiale. C’est la première fois qu’un tel travail de synthèse est réalisé. Parue dans la revue Biological Conversation, l’étude statue que 19 % des reptiles sont menacés d’extinction. L’étude comprend l’analyse de 1.500 espèces du monde entier. Parmi les espèces menacées, 12 % sont considérées en danger critique, 41 % en danger et 47 % vulnérables.

Les tortues d’eau douce gravement en péril

Les régions tropicales sont celles qui détiennent le plus haut niveau de menace. Dans les tropiques, les forêts sont de plus en plus transformées pour l’agriculture ou l’exploitation forestière. L’habitat du lézard est pratiquement détruit, si bien que la recherche de l’espèce s’est révélée infructueuse dans certaines zones. En outre, trois espèces classées en danger critique sont possiblement éteintes. L’une des trois est le lézard Ameiva vittata, qui n’a été vu qu’une fois dans une partie de la Bolivie.

Mais le risque d’extinction n’est pas uniformément réparti sur le grand groupe des reptiles. Les tortues d’eau douce sont les plus menacées. D’après l’étude, 30 % des reptiles d’eau douce sont proches de l’extinction. Le taux passe à 50 % si l’on ne considère que les tortues. En plus de la destruction de leur habitat, elles sont braconnées pour le commerce de leur carapace.

L’Homme toujours en cause

Les reptiles terrestres sont moins menacés. Toutefois, leurs exigences biologiques et environnementales ainsi qu’une faible mobilité les rendent particulièrement vulnérables aux pressions humaines. En Haïti, six des neuf espèces de lézards Anolis incluses dans cette étude présentent un risque élevé d'extinction, en raison de la déforestation massive qui frappe le pays.

Les conclusions de cette étude sont alarmantes, parce qu’elles sont à l’échelle globale. L’étude est un bon indicateur pour évaluer le succès de conservation, le suivi des tendances des risques d’extinction au fil du temps et de la capacité de l’humanité à appliquer des plans de conservation de la biodiversité.