Article du Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie

 

À retenir


Présente sur la majorité du territoire métropolitain jusqu’au début du XXe siècle, la loutre a progressivement régressé à partir des années 1930. C’est d’abord dans l’Est et le Nord de la France que les premiers signes de déclin sont apparus, pour s’étendre ensuite à une grande partie du territoire. L’espèce n’était plus présente que dans le Massif central et la façade atlantique à la fin des années 1970. C’est à partir de ces populations relictuelles que la loutre a amorcé à partir des années 1980, une phase de recolonisation grâce à la mise en place de la protection légale de l’espèce et la conduite de campagnes de conservation. Ces actions lui ont permis de réoccuper spontanément les réseaux hydrographiques dans la plupart des régions de la moitié Sud du pays. C’est ainsi que les bassins de la Loire, de la Garonne et du Rhône ont progressivement été recolonisés par l’espèce.

Contexte

La loutre d'Europe est un carnivore de taille moyenne, semi-aquatique et principalement nocturne. Elle est discrète, farouche et très difficile à observer. En milieu aquatique linéaire (cours d’eau), le domaine vital de chaque individu est très vaste et varie, en général, de 10 à 25 km selon le sexe de l’animal et la richesse du milieu. En zones de marais, le domaine vital peut atteindre de 2 000 à 3 000 hectares et est de l’ordre de 500 à 800 hectares pour les milieux lacustres. Autrefois chassée pour sa fourrure et longtemps considérée comme un redoutable prédateur de poissons, concurrente directe des pêcheurs, l’espèce a fait l’objet de destructions massives, essentiellement par piégeage. La pollution des cours d’eau et l’assèchement des zones humides, principalement liées à l’agriculture intensive et à l’urbanisation, ont contribué à son déclin. La position de la loutre en fin de chaîne alimentaire fait d’elle une espèce vulnérable mais également indicatrice de la richesse piscicole et de l’état de santé des milieux aquatiques.


Commentaire

La loutre est un mustélidé inféodé aux cours d’eau, aux étangs et aux zones humides. Largement répandue en France au XIXe siècle, l’espèce a disparu des trois quarts de son aire de répartition et a connu une très forte diminution de ses effectifs dès le début du XXe siècle. L’effectif de la loutre, estimé à plus de 50 000 individus au début du siècle dernier, serait compris entre 1 000 et 2 000 individus actuellement. Toutefois, la situation de l’espèce s’améliore dans plusieurs régions et la loutre n’est actuellement plus classée comme menacée en France dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

 

Les populations du Nord et de l’Est de la France ont commencé à diminuer dès le début des années 1930. Ce phénomène s’est ensuite élargi au Nord-Pas-de-Calais, à la Lorraine, l’Alsace et l’Ile-de-France, ainsi qu’à quelques départements du sud-ouest. Dans les années 80, l’espèce n’était bien représentée que dans 10 départements de la façade atlantique et du Massif central. Quelques populations clairsemées subsistaient toutefois dans 17 autres départements des Pyrénées, de Poitou-Charentes, d’Auvergne et de Rhône-Alpes. A cette période, la loutre a complètement disparu ou est devenue très rare dans toutes les régions situées au nord d’une ligne reliant la Normandie aux Alpes du Sud. C’est à partir des deux noyaux relictuels de la façade atlantique et du Massif central que les populations de loutre ont commencé leur lente recolonisation, grâce à la mise en place d’une protection légale de l’espèce et la conduite de campagnes de protection. Ces actions lui ont permis de réoccuper spontanément les réseaux hydrographiques dans plusieurs régions de la moitié Sud du pays. C’est ainsi que les populations de loutre commencent à recoloniser le bassin de la Loire, de la Garonne et du Rhône. Le Nord et l’Est de la France semblent pour l’instant à l’écart de cette recolonisation. Un Plan National d'Actions en faveur de la Loutre d'Europe a été élaboré à l'initiative du Ministère en charge de l'Écologie, dans le cadre de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité, afin de consolider le réseau d’acteurs, d’améliorer la diffusion des connaissances sur l’écologie de l’espèce, de réduire la mortalité et d’améliorer les habitats nécessaires à la loutre, ainsi qu’une meilleure cohabitation avec l’aquaculture. Sur le long terme, le plan doit contribuer au maintien des populations existantes et au retour de la loutre sur son ancienne aire de répartition.
La loutre est aujourd'hui principalement victime du trafic routier. S'ajoute à cela le mauvais état des écosystèmes aquatiques. La ressource en nourriture apparaît comme étant le principal facteur limitant pour cette espèce. Les loutres peuvent être contaminées par des polluants mais l'effet à long terme sur les populations n’est pas réellement connu.

Méthodologie
Si la présence de la loutre est facile à mettre en évidence grâce aux traces et indices spécifiques, les effectifs sont en revanche très difficiles à estimer. Afin de connaitre la répartition des individus, des contrôles de présence réguliers sont effectués par bassins hydrographiques par des associations naturalistes, l’ONCFS et des spécialistes. De nombreuses recherches ont ainsi été réalisées pour permettre la publication de résultats sur son écologie, sa répartition, les contaminations chimiques, la mortalité routière, etc…