Le nom de Trichoptères a été donné à des insectes dont les adultes ont les ailes (ptéron en grec) couvertes de fines soies (les “poils”, trix, trichos en grec) ce qui donne Trichoptères (Trichoptera en latin). Ce nom a été donné pour différencier les Trichoptères des Lépidoptères (mot à mot pour ces derniers des écailles sur les ailes), ces derniers correspondant aux papillons. Les Trichoptères ressemblent effectivement à des papillons nocturnes, mais il n’y a jamais de trompe enroulée chez un Trichoptère (il existe des papillons primitifs à trompe courte (les microptérygides), mais, chez ces derniers, les mandibules (de type broyeur) sont normalement développées alors que ces mandibules sont réduites au mieux à de minuscules languettes chez les Trichoptères.
 
 
Le cycle vital :
 
 

 Les Trichoptères se caractérisent par un cycle vital marqué par quatre phases: oeuf, larve, nymphe, adulte ailé

 
 
L'oeuf
 
Les œufs ne sont jamais isolés mais incorporés dans une matrice gélatineuse (ponte). Les pontes sont généralement aquatiques, mais quelques espèces pondent au-dessus de l’eau. 

photo jointe: ponte de Grammotaulius nigropunctatus



 
 
La larve
 

Beaucoup plus que les adultes, ce sont les larves que le grand public connaît le mieux sous des noms populaires variés : phryganes (petit fagot), charpentier, porte-bois, traîne-bûche,... Les larves, au moins chez certaines espèces, construisent un étui (fourreau)  fait de matériaux variés, minuscules grains de sables, petits morceaux de bois ou d’écorce, etc. Cet étui protège leur abdomen qui est mou. Les larves sont aquatiques (une espèce: Enoicyla pusilla s’est cependant secondairement adaptée à la vie terrestre).

Les larves présentent un comportement constructeur (au moins chez la majorité des espèces) tout au long de leur vie larvaire. Les éléments de l’étui sont collés entre eux grâce à de la soie provenant de deux glandes séricigènes (glandes produisant de la soie). La structure de ces glandes est proche de celles des "vers à soie" .

Toutes les larves de Trichoptères qu’elles construisent un étui ou non possèdent à l’extrémité de l’abdomen une paire de crochets (griffes) insérés soit directement sur l’abdomen ou à l’extrémité de fausses pattes anales. Chez les larves avec un étui, ces crochets permettent aux larves de maintenir cet étui.

 
 
La nymphe
 

La nymphose se fait (pour les espèces à étui) dans le dernier étui larvaire, pour les autres dans un cocon fait de matériaux divers. La nymphe est aquatique, elle doit donc quitter l’étui et nager vers la surface pour subir sa mue imaginale (passage du stade nymphe au stade adulte).

 
 
L'adulte
 

En définitive les Trichoptères se caractérisent par des adultes qui ressemblent à des papillons nocturnes, mais dont l’appareil buccal est toujours dépourvu de trompe. L'adulte assure la reproduction.

Illustration: adulte de Melampophylax mucoreus s'extirpantde l'enveloppe nymphale

 
 

Pour permettre à un non spécialiste de se familiariser avec les Trichoptères, nous allons présenter deux grand types de Trichoptères à travers leurs différents stades : larve, nymphe et adulte.

Cette approche est purement zoologique, ultérieurement nous montrerons l’extraordinaire diversité des niches écologiques occupées par les Trichoptères dans l’univers des eaux douces.

 

 
 
Une place dans la chaîne alimentaire
 

Comme tous les êtres vivants, les Trichoptères occupent une place dans les chaînes alimentaires. Même pour les espèces dont les larves sont prédatrices d'autres animaux de la rivière (chironomes, ...), leur petite taille les place parmi les proies classiques d'un bon nombre de prédateurs des milieux aquatiques. Les larves et les adultes sont récherchés par les libellules, les oiseaux, les poissons, les batraciens, les chauve-souris,...

Ce Limnephilus nigriceps n'a pas échappé à l'araignée...

 
 
Trichoptères et sécrétion de la soie
 

Comme les chenilles de Lépidoptères, les larves de Trichoptères sécrètent de la soie. Cette sécretion se fait, soit pendant toute la vie larvaire (grande majorité des Trichoptères), soit uniquement au moment de la nymphose (Rhyacophilidae) ou uniquement au dernier stade larvaire (Hydroptilidae). Chez toutes les larves il y a une paire de glandes séricigènes dont les circonvolutions occupent une grande partie de l’abdomen. Contrairement aux Lépidoptères, cette glande séricigène ne présente pas de séparation très nette entre zone de sécrétion et zone de stockage.

La soie élaborée est une structure protéique visqueuse comprenant une gaine de séricine entourant une zone axiale faite de fibroïne. La soie passe dans le canal d’évacuation de chacune des glandes. Les canaux d’évacuation restent parallèles jusque dans la filière, les deux brins de soies restent accolés l’un à l’autre. Ces deux brins constituent le fil. Ce fil, visqueux à la sortie de la filière, durcit rapidement, mais conserve une élasticité certaine.

Chez les Trichoptères, on distingue deux grands types de fils de soie (Tableau1). Les larves à étui produisent un fil de soie en forme de ruban tandis que les larves sans étui (excepté les Rhyacophilidae) produisent un fil de soie cylindrique.

Parmi les larves sans étui, les larves d’Hydropsychidaeconstituent un exemple original. La larve élabore un tube-retraite (comme la larve des Polycentropodidae) qu’elle surmonte d’une structure filtrante en forme de tamis. La figure montre les différentes étapes de cette construction. Ce tamis à mailles régulières permet à la larve de filtrer le seston (micro-débris, algues microscopiques, micro-organismes) entraîné par le courant. 
(photo ci-contre: filet en construction d'une larve d'Hydropsyche d'un cours d'eau des Ardennes)